Histoires à enchaîner : un Atelier de Jean Porcherot

Parole d’un conteur/ 1 Présentation générale

Il était une fois un professeur de lettres classiques qui lisait beaucoup, écrivait parfois, se taisait souvent. Un jour il fit la rencontre de gens qui contaient. Un conteur ! Quel curieux animal ! Il parle et je l’écoute. Et l’enseignant a suivi peu à peu le chemin de ce monde étrange. Cet enfant de la ville, sans tradition orale, est devenu conteur, « néo-conteur ». Et même il apprend à conter à des personnes qui, comme lui, viennent du livre. Dès lors il s’est très tôt posé la question : comment amener les  « apprentis conteurs » à passer rapidement « de l’écrit à l’oral » pour essayer de comprendre ce qu’est cette nouvelle oralité. Il a expérimenté plusieurs situations, a proposé des exercices variés. Un a semblé être d’une efficacité redoutable, celui que Nadine Decourt nomme « Histoires à enchaîner ».

Douze stagiaires sont assis en rond dans une salle. C’est le premier jour d’un stage qui durera trois ou cinq jours. Le formateur distribue à chacun le texte d’un conte court. Il donne aux apprentis conteurs un temps de lecture ne dépassant pas dix minutes. Ces derniers, après avoir remis leurs textes au formateur (afin de ne point être tentés de revenir à l’écrit), se mettent par deux pour échanger leurs histoires de la façon la plus simple. Celui qui conte transmet l’histoire à celui qui l'écoute avec le seul but de la faire comprendre. Ce dernier est en droit de l’interrompre s’il juge quelque passage obscur. Le premier conte terminé, ils échangent leur rôle. Ainsi chacun possède maintenant une histoire qu’il a lue et une histoire qu’il a entendue. Tous se retrouvent dans la convivialité du cercle. Et chacun est invité à raconter au groupe non point l’histoire qu’il a lue, mais celle qu’il a entendue. Situation moins angoissante puisque l’on peut toujours dire, si l’on se trompe, que c’est l’autre qui n’a pas su bien raconter. Il faut bien sûr un volontaire qui accepte de commencer. Le second à raconter devra toujours trouver un lien entre l’histoire entendue et celle qu’il va conter. Redisons-le : le conte est un art de la relation. Relation entre les gens, relation entre les contes. Attention : il est important pour un tel exercice de bien choisir ses contes.

(à suivre : le répertoire des contes que j’utilise pour « Histoires à enchaîner »)